Association Française des Assistants Réalisateurs de fiction

Texte de la pétition "Taxi 2" - Août 1999

27 août 2002

Nous publions le texte de la pétition ci-dessous qui a circulé en août 1999 (à la suite de l’accident survenu sur le tournage de Taxi 2 et qui a malheureusement coûté la vie à notre collègue Alain Dutartre), bien évidemment non pas pour polémiquer à ce sujet mais simplement pour ne pas oublier l’immense émotion, les inquiétudes et interrogations soulevées à l’époque parmi de nombreux techniciens de la profession...

Texte de la Pétition Taxi 2 (août 1999)

Le texte ci-dessous est une pétition qui a circulé dans la région parisienne en août 1999...

TAXI 2, CONSTAT A L’AMIABLE ? L’accident survenu le 16 août dernier sur le tournage de Taxi2 et qui a coûté la vie à Alain Dutartre a profondément bouleversé beaucoup, d’entre nous. Au delà de la peine qui est la nôtre, il nous semble nécessaire de livrer quelques réflexions :

Il serait hypocrite de laisser croire que la fatalité puisse être responsable de cet accident. Ce serait une erreur de laisser un directeurs de cascades s transformer en une urne dans laquelle on aurait dissimulé les erreurs de tous et que l’on jetterait à la mer.

Les chaînes de télévision (souvent co-producteurs) se sont empressées d’ acheter et de diffuser certaines images de l’accident. IL serait inacceptable que la médiatisation de ce drame puisse promouvoir la production d’un film ou sa commercialisation.

La presse d’une manière générale a rapporté que ce tournage était réalisé par des professionnels d’exception, que toutes les mesures de sécurité avaient été prises , et que finalement l’accident pouvait être mis sur le compte de la part des risques inhérents à notre métier.

On a d’ailleurs toujours parlé de la mort d’un cameraman, innocent amalgame, induisant qu’il est possible de mourir dans le cinéma, comme un cameraman, ou un reporter de guerre. Or Alain était assistant opérateur ; c’est à dire un technicien du cinéma qui n’avait aucune raison de mourir ce jour-là pour l’image spectaculaire d’un saut de voiture."Taxi2" ce n’est qu’un film de fiction, mis en scène.

Les techniciens du cinéma subissent de la part des productions une pression toujours plus forte. Il y a des moyens, mais il faut quand même économiser, et gagner toujours plus. Il faut aller toujours plus vite, les journées de travail sont de plus en plus chargées. Pour des prises de vues dangereuses, telles que cascades avec armes à feu, ou fauves, la pression augmente, puisque toutes ces situations et difficultés supplémentaires sont dispendieuses ; et bien souvent les contrôles sont progressivement amputés ; accentuant les périls pour les techniciens mais aussi pour le public.

Les techniciens sont ainsi "poussés à la faute" par les productions qui les emploient. Chacun de nous prends ses responsabilités pour garder son efficacité, et jongle avec la souplesse nécessaire au bon déroulement du tournage, et des limites à ne pas franchir. Parfois on évalue mal ses limites, et le plan n’est pas à la hauteur. Aujourd’hui, ce n’est pas la qualité d’un plan qui est en cause, mais la mort d’un homme.

Le tournage de "TAXI2" a déjà repris avec la même production, le même réalisateur et la même équipe, donc avec le même problème ; peut-être a-t-on donné simplement un peu plus de moyens à certains départements, pour se rassurer .

Si un employeur n’est pas inquiété par la loi en mettant un employé en situation dangereuse, les seuls recours pour éviter cela, c’est le droit de refus de cet employé ou l’intervention de la sécurité du travail. L’employeur n’a par contre pas droit à l’erreur. Or aujourd’hui il y a faute d’entêtement.

Nous n’étions pas présent sur le tournage, mais nous connaissons trop bien la précipitation qui a pu provoquer cet accident, et nous savons, que nous aurions pu nous - même nous laisser gagner par cette pression du tournage. Une accumulation de manquement à la sécurité et de négligence semblent être en cause. Rémi Julienne a endossé la responsabilité de l’accident, mais il est évident qu’il n’est pas le seul responsable et il convient de poser quelques questions :
- Certains paramètres de la cascade n’ont-ils pas été modifiés ?
- Si oui, pourquoi, la production n’a-t-elle pas imposé de nouveaux tests, ou plus simplement des répétitions sans les techniciens ?
- Pourquoi y avait-il une cinquième personne étrangère aux cascadeurs et à la prise de vue à coté de cette caméra ?
- -N ’avait - on pas les moyens artistiques (simplement de montage du plan) pour éviter la présence de ces techniciens dans ces axes ?
- Pourquoi n’ont- ils pas été utilisés, par économie, ou par inconscience ?
- Aurait-on oublié que l’on disposait sur le plateau des télécommandes nécessaires pour contrôler la caméra à distance ?

Depuis le début du tournage plusieurs événements avaient donné le "ton" et un aperçu réaliste de ce qui pouvait découler de cette précipitation. Pourquoi la production et les chefs de poste ont-ils perdu leur bon sens ?


Je suis signataire du texte établi à la suite de l’accident du 16/8/99, pour une évolution des sécurités, et des contrôles...

PARTAGER :

publicités

Profils mis à jour

Véronique LABRID

1ère assistante réalisateur


Andréas MESZAROS

1er assistant réalisateur


François DOMANGE

1er assistant réalisateur


Louna MORARD

1ère assistante réalisateur


Olivier BRETON

2e assistant réalisateur


Articles récents


© AFAR 2017 | contact | espace membres | Plan du site | charte | crédits
site réalisé avec le concours de la Commission du Film d'Île-de-France et du CNC